Archive for the ‘Salto #3 Français’ Category

Cause et conséquence

Monday, August 11th, 2014

Il n’est pas facile d’appréhender toutes les conséquences qui relèvent de l’omniprésence de la technologie sur la vie. On peut sans trop d’élaborations complexes démontrer par exemple quelles destructions a causé l’invention de l’énergie nucléaire, ou comment la révolution industrielle a amené la planète en phase terminale. Il est logique qu’une lutte contre ces conséquences doive aussi être une lutte contre leurs causes directes, dans ce cas-ci l’énergie nucléaire et l’industrialisation. Et quoique les deux représentent des mastodontes du pouvoir, qui sont en plus bien ancrés dans la société, elles sont univoques, compréhensibles et reconnaissables. Mais si on ramène la question de la technologie plus près de soi, les choses se compliquent.

Alors on voit qu’elle a d’innombrables facettes, et que toutes les facettes ne sont pas perçues comme vilaines. Attaquer le statut de neutralité – irréversible en apparence – de la technologie est un pas indispensable si nous voulons avoir une vue plus claire de son réel impact sur la vie. L’un des arguments les plus évidents est la ‘recherche’, qui est à la base du développement de certaines technologies. Beaucoup de recherches scientifiques sont entamées par des acteurs bien fortunés qui convoitent le gain direct que peut leur apporter l’usage de certaines technologies; des géants économiques qui veulent rendre leur commerce plus rapide et plus efficace, ou des Etats qui veulent aiguiser leur contrôle. Mais la recherche se déroule aussi ailleurs. Dans les laboratoires des soi-disant ‘incubateurs’ par exemple. Ce sont des lieux souvent liés aux universités et qui fournissent le fric et les moyens pour soutenir des entreprises jeunes ou débutantes. Et puis il y a ce que l’on pourrait appeler ‘la recherche fondamentale’. Celle dont l’application directe n’est pas claire encore, et qui est à première vue focalisée sur le recueil de connaissances. Il n’est pas rare que ce genre de recherche se réalise par la collaboration entre plusieurs acteurs (entreprises, Etats, universités,…) et qu’elle dépasse les frontières nationales. Le grand ressort est ici le prestige, le simple désir d’être le premier à avoir découvert quelque chose et de devenir une autorité dans un certain domaine. Mais il est sûr que le fantasme de songer à ce que certaines technologies pourraient permettre en terme de commerce et de contrôle met déjà l’eau à la bouche à plus d’un bailleur de fonds.

Les intentions de ceux et celles qui sont impliqués dans la recherche scientifique sont dirigées, les technologies qu’ils et elles produisent ne sont ni innocentes ni neutres.

En parallèle avec le développement de toutes sortes de nouveautés se déploie aussi un vaste réseau d’autoroutes technologiques qui doivent assurer le service permanent et la propagande de toute la domination (dont font grandement partie Internet, le réseau du courant électrique et la télévision par exemple).

Il va de soi qu’une addiction à la technologie bénéficie surtout à la pacification, mais elle s’avère aussi porter une influence plus profonde sur nos manières d’être. Lentement mais sûrement, nous nous adaptons à la technologie. De sorte que ces moyens, ‘neutres’ en apparence, que beaucoup utilisent parce qu’ils faciliteraient la communication, le penser ou l’agir, finissent par déterminer et rétrécir la communication, le penser ou l’agir eux-même.

La totalité de cette constatation est effrayante, mais il reste possible d’attaquer la technologie. En gros, deux pistes peuvent déjà nous donner des idées. D’un côté, il y a l’arsenal d’applications technologiques qui, vu qu’elles atteignent à peu près tous les coins et les recoins, peuvent être trouvées, éliminées ou sabotées. Il suffira de peu de temps pour apprendre que pour détruire l’équipement high-tech, il n’y a besoin ni de moyens ni de savoirs high-techs. De l’autre côté, il y a le propre rapport avec la technologie au quotidien. Si l’on veut refuser que la technologie s’accapare du penser et de l’agir, on doit essayer d’élaborer le plus d’autonomie possible face à cette technologie. C’est en effet grâce à cette indépendance que de grandes parties de la vie, mais aussi des luttes, ne doivent pas subir la médiation et la mutilation de la technologie.

Et c’est surtout dans ce dernier domaine, la part de technologie au sein des luttes, que s’imposent d’urgentes questions. À certains endroits, le rôle d’internet par exemple, est plutôt grand dans les moments de lutte. Et il ne s’agit pas ici de la création des ‘groupes facebook’ ou de discussions interminables sur des forums, qui viennent souvent en simple remplacement à ‘faire quelque chose’, font beaucoup de bruit pour rien et ne finissent que par agrandir le vaste domaine des opinions sans implication. Il s’agit plutôt d’internet utilisé comme moyen dans des conflits qui ont une incidence en dehors de lui. Par exemple en l’utilisant comme canal principal au travers duquel on diffuse de l’information, on communique et on s’organise. Certains soutiennent que, lors des émeutes qui ont envahi l’Angleterre en 2011, c’était surtout à cause d’internet que les agissements émeutiers se sont répandus aussi vite et aussi largement. Ce qui est peut-être vrai. Mais cela donnerait l’impression que ce média est sous le contrôle de son utilisateur et qu’aussi qu’un instrument du pouvoir, il peut être un instrument libérateur pour se battre contre le pouvoir. Cependant, dans la période qui a suivi les émeutes de 2011, la gueule de bois s’est rapidement avérée de taille. Une grande partie de la répression a été minutieusement organisée à travers ce même canal qui, auparavant, semblait rendre possible tellement de désordre. Tous les mouvements sur internet ont simplement délivré la nécessaire charge de preuves pour condamner et enfermer un paquet de gens suite à la révolte. Cette même année, pendant les journées les plus agitées avant la chute du régime Moubarak, le gouvernement égyptien coupe lui-même internet, tentant ainsi de paralyser la communication et la diffusion d’informations dans cette période décisive. L’Etat pouvait exercer cette répression dans tout le pays par un simple presse-bouton, sans devoir submerger les rues d’uniformes et mettre en place une occupation visible. Les composants des protestations qui existaient à travers ce canal, ont été mis sous les verrous ces jours-là.

Par ailleurs, la technologie réclame aussi sa part au sein des activités à plus petite échelle et via d’autres moyens. Pensez par exemple à l’utilisation des portables, qui sont utilisés lors d’une manifestation pour garantir une communication efficace ou l’encouragement à filmer certaines actions, en supposant que cela favoriserait leur diffusion.

Mais qui peut encore faire le compte de toutes ces affaires en correctionnelle dont la preuve à charge se base presque uniquement sur les liaisons téléphoniques ou la localisation par portable avant, pendant et après les faits reprochés ? Combien d’images vidéo ont permis d’obtenir l’acquittement, et combien d’images l’ont par contre empêché ? La répression a toujours existé et l’Etat ne cessera de trouver des moyens pour l’organiser, mais adopter la technologie ouvre la trappe à tout un nouvel arsenal d’armes que l’Etat n’aime que trop utiliser.

Il ne faut pas se vautrer dans l’illusion que par une bonne étude ou grâce à des connaissances particulières, ces moyens pourraient être les nôtres. Il est nécessaire de les démasquer comme étant intrinsèquement hostiles.Passeulement à cause de la répression, mais aussi pour notre autonomie, notre pouvoir d’imagination et notre créativité qui déterminent en fin de compte comment nous voulons vivre et lutter.

Le défi est de trouver d’autres moyens, des moyens qui permettent d’établir une relation plus directe entre nous et avec notre environnement, et qui vont donc dans le sens contraire de celui où la technologie voudrait nous pousser. Dans certains cas, il suffira de déterrer des manières de faire du passé pour les faire à nouveau nôtres, dans d’autres, nous devrons inventer et tester de nouvelles manières. C’est un réel défi, mais qui, dans un monde toujours plus englouti par la technologie, pourrait bien être décisif pour créer une rupture.

 

 

 

 

 

 

Nouvelles réalités, vieux désirs

Monday, August 11th, 2014

Les lignes suivantes doivent être lues comme de simples propositions pour le débat. Elles se veulent des analyses sommaires de quelques réalités en transformation par rapport au contexte où certains types d’intervention anarchiste spécifique ont été conçus. C’est une simple tentative de poser quelques questions dans les termes corrects pour pouvoir ensuite les approfondir. Nous sommes conscients du fait que les analyses que nous exposons ici sont trop générales et superficielles en regard de l’approfondissement que nécessiteraient certains points. Mais il ne peut en être autrement, puisqu’il s’agit d’une brève contribution pour le débat et qu’elles ne serviront que de point de départ, telles une esquisse.

La plupart des méthodes d’intervention dans la réalité dont nous avons hérité et dont nous disposons actuellement, ont été développées – même si elles répondaient certainement à des traditions, des élans, des intuitions ou des certitudes aussi vieilles que la guerre sociale elle-même – en des temps particuliers, en des temps de défaite. L’échec de l’assaut du ciel avec la restructuration capitaliste des années 70 et 80 ont profondément modifié la nature du conflit social. A l’automatisation et l’atomisation de la production a correspondu un processus d’automatisation et d’atomisation sociale, marqué par la décomposition des milieux ouvriers et par l’apparition d’un nouveau type anthropologique, en gestation depuis l’après-guerre. Ce type se caractérise par sa pusillanimité, l’infantilisme, sa volubilité, la disposition à déléguer tous les aspects de son existence à des instances supérieures ainsi que par le fait de vivre dans un éternel présent sans garder en mémoire que son propre milieu a été radicalement transformé dans un processus de falsification sur le modèle du parc à thème.

Par conséquent, le conflit social a abandonné le schéma selon lequel deux blocs monolithiques – bourgeoisie-prolétariat, capital-travail – s’affrontent dans un antagonisme frontal, visible et inéluctable et pour des contradictions inhérentes au fonctionnement même de l’économie capitaliste.

A cela il faut ajouter une autre conséquence fondamentale  : le constat d’un point de vue révolutionnaire de l’impossibilité de se réapproprier les structures productives capitalistes à des fins émancipatrices, et la fin des illusions d’expropriation et d’autogestion ouvrière d’un monde planifié pour sa seule autoreproduction. Le rejet du travail en tant qu’activité séparée – dont la pulsion n’a cessé de traverser le mouvement ouvrier sous forme de grèves aux revendications impossibles, de sabotages, d’absentéisme, etc. – a ainsi trouvé sa confirmation historique. La dimension négative de tout projet de libération a donc acquis une nouvelle importance et l’équilibre s’est rompu entre les dimensions offensives des luttes défensives et vice-versa.

A mesure que la domination a occupé l’ensemble du terrain social, le fantôme de la pacification et de la fin de l’histoire s’est mis à planer sur les eaux placides d’une postmodernité, dans laquelle semblaient ne rester comme seules certitudes que l’obéissance et l’impératif d’adaptation à l’aliénation – les seules que leurs popes ne se sont jamais risqués à questionner. C’est ainsi qu’on a pu assister à la liquidation d’un projet historique. Le conflit social s’est déplacé vers des zones marginales – dans le sens strict du terme  : reléguées aux marges, éloignées du centre. D’où la nécessité de réévaluer les perspectives d’intervention, les méthodes, les formes d’organisation, etc. et que celles-ci retrouvent des pratiques qui ont toujours été présentes dans les luttes anti-autoritaires des exploités. Une fois passé le temps de louer les vertus -mythiques ou réelles- de la classe de la conscience, et de regretter la disparition de ces relations – entre grégarisme et solidarité– forgées à la chaleur de la lutte, s’est imposée la nécessité de chercher le terrain où reposer (ou continuer à poser) la question sociale. Ce terrain a été celui des manifestations périphériques des dévastations provoquées par la dictature de l’économie et les rapports de domination.

L’attaque d’aspects concrets du pouvoir provient donc d’une conception de la domination comme un tout affectant la totalité des rapports sociaux et toutes les sphères de l’existence. Mais c’est aussi le terrain où conserver une intelligence offensive, un langage critique autonome et un cadre conceptuel dans lequel le conflit social puisse trouver un sens, au delà du seul rejet individuel, de l’activisme ou de l’attente de la recomposition d’un sujet historique et de l’advenue des «  conditions objectives ».

C’est-à-dire qu’elle provient de la nécessité de rester vivants dans un monde de zombies. Cette réalité a été théorisée de diverses manières en divers endroits et expérimentée avec diverses formes d’agir subversif. C’est de ce contexte que provient la méthode insurrectionnelle telle que nous la connaissons actuellement. Il faut insister sur le fait que ni cette méthode, ni l’organisation informelle, pas plus que la perspective de conflictualité et d’attaque permanentes, ne sont une invention italienne des années 70-80, comme le prétend un lieu commun assez répandu depuis quelque temps chez certains «  critiques sociaux » déroutés. Elle provient, comme nous l’avons dit, de la rencontre d’éléments qui, depuis longtemps déjà, font partie de l’arsenal des exploités avec des analyses de cette réalité nouvelle, que certains appellent «  société postindustrielle ». L’organisation informelle n’est donc pas seulement plus libertaire, elle est plus adéquate pour un affrontement asymétrique – n’obéissant plus au schéma de blocs, mais à la fragmentation sociale – dans lequel la domination a perdu son centre en métastasant tout le terrain social. Les initiatives d’attaque des mécanismes de reproduction sociale proviennent donc de petits groupes qui, partant d’une analyse du contexte, développent une projectualité enracinée dans la nature de la conflictualité de ce contexte et destinée à créer les conditions minimales pour une attaque contre une structure spécifique du pouvoir, aux côtés d’autres exploités. Deux éléments ont une importance particulière dans la conception de cette méthode  : 1) la temporalité. Toutes les énergies s’orientent vers un objectif précis, évitant ainsi à la fois la dissipation d’énergies des luttes à long terme, la bureaucratisation, la domestication et en général l’apparition de la politique avec son long cortége d’aliénations. L’auto-évaluation et l’autocritique sont constantes et l’espace de lutte se défait une fois l’objectif atteint ou lorsque décision est prise d’en changer, pour quelque raison que ce soit. 2) le caractère reproductible. Alimenté par le choix de moyens qui peuvent être utilisés par tous et loin de toute spécialisation, il favorise la multiplication des actions d’attaque – et en même temps une prise de conscience de la nécessité de l’attaque – tout en démontrant la vulnérabilité du pouvoir.

Mais à l’heure actuelle, de nombreuses circonstances sont en train de changer sous notre nez et rendent nécessaire de réfléchir sur certaines conceptions méthodologiques (entre autres). La restructuration économique actuelle fait remonter à la surface des tensions structurelles souterraines qui vont au delà des simples turbulences conjoncturelles. De vieilles questions périphériques se réveillent du sommeil de la pacification. Face à ces nouvelles tensions, nous croyons donc nécessaire d’approfondir les formes de lutte dont nous disposons et de les faire regarder vers les nouvelles formes de conflictualité qui semblent commencer à surgir. Et nous pensons que pour ce faire nous devons partir des luttes inspirées par nos propres projectualités. De nombreux compagnons semblent tentés par une intervention dans les nouvelles agitations de notre temps à partir du dehors  ; il est difficile, en effet, de rester à la maison à regarder par la fenêtre. Mais courir de conflit en conflit, avec la concurrence dans le racket des illuminés de tout poil qui y voient – du mouvement des indignés aux révoltes des banlieues – une page blanche à laquelle donner un contenu en y écrivant leur vérité, est une perspective bien peu séduisante.

Au contraire, continuer à prendre l’initiative de luttes contre des aspects spécifiques du pouvoir n’a aucune raison d’être obsolète du fait des nouvelles circonstances. Les forces centripètes à l’oeuvre actuellement n’agissent pas dans le sens d’un retour vers une centralité à attaquer, mais plutôt dans un sens de cohérence dans l’aliénation. Le centre est partout. Quelqu’un a écrit qu’il n’est plus possible d’émettre la moindre et plus banale revendication, comme celle de la nourriture, sans toucher et remettre en question la totalité de l’infrastructure productive, de distribution et de consommation ainsi que les rapports de domination, c’est-à-dire les fondements de la société.

Mais il n’en est pas moins vrai que certains aspects auparavant sous-jacents – comme, directement, la critique de l’économie telle que nous la connaissons aujourd’hui – remontent à la surface, ou en d’autres termes, semblent redevenir la question sociale. S’ouvre donc la possibilité d’une rencontre entre les luttes spécifiques anarchistes et de nouvelles hostilités, dans un contexte de détérioration de la pacification. C’est la question clef. Mais la rencontre ne consiste pas à capter des membres, nous les anarchistes n’avons rien à offrir, ni programmes, ni paradis, ni solutions pour les problèmes de cette société. Cette rencontre ne peut donc avoir lieu qu’à partir d’une projectualité propre, uniquement dans l’attaque, dans la négation du pouvoir sous toutes ses formes. Mais pour qu’elle puisse se produire, il est peut-être nécessaire de chercher de nouveaux angles d’attaque tenant compte d’aspects qui puissent la favoriser. Et peut-être faudrait-il repenser certains concepts, comme celui de la temporalité et explorer la possibilité de créer des espaces de lutte plus stables (quoi que ce terme puisse donner des boutons à certains compagnons), au sein desquels les groupes puissent agir en bougeant sur différents fronts et à même d’accueillir les différentes initiatives de lutte des groupes, toujours à partir de l’informalité. Peut-être se préparer pour des luttes plus intenses et de plus longue durée ne signifie-t-il pas forcément tomber dans les griffes de la politique et reproduire tout ce que nous avons toujours souhaité éviter. La question du caractère reproductible des actions prend également une nouvelle dimension dans un contexte de conflictualité plus généralisée, comme l’environnement devient plus incontrôlable, tous les doigts ne sont plus pointés sur les anarchistes, et les points névralgiques de la domination se font plus visibles du fait d’un questionnement généralisé de certains de ses aspects.

Nous ne savons pas si nous nous trouvons à la fin d’un modèle (économique, politique et social)  ; nous ne savons pas si cette crise est la crise définitive du capitalisme, comme beaucoup l’assurent  ; nous ne savons pas si la démocratie telle que nous la concevons actuellement va muter vers de nouvelles formes de «  participation politique », sous l’effet de la dite «  crise de représentativité » et des nouvelles technologies  ; nous ne savons pas non plus ce que peut donner d’elle-même une humanité soumise à une dépossession totale et privée de tout imaginaire de libération  ; mais nous savons que nos désirs d’en finir avec cette réalité demeurent inaltérés.

 

 

[Contribution à la rencontre anarchiste internationale qui s’est tenue le 10-12 novembre 2012 à Zurich]

 

De court-circuit en black out social

Monday, August 11th, 2014

Les structures de la domination et de l’exploitation ne sont pas invariables. Elles changent et se transforment au cours de l’histoire pour des raisons liées à sa propension à se perpétuer, et donc en rapport direct et indéniable avec la conflictualité sociale. Si jusque dans les années 70 on pouvait percevoir de fortes tensions et des turbulences importantes dans la sphère productive, se cristallisant logiquement sur le terrain des grandes usines ou au moins avec tous les regards tournés vers là, aujourd’hui, dans la vieille Europe, la conflictualité semble s’être « déplacée » vers d’autres sphères. N’empêche que l’exploitation continue, au travail comme ailleurs, mais certes de manière différente, certes plus « décentralisée », certes mieux protégée contre d’éventuelles remises en question depuis « l’intérieur ».

Il s’agit donc aujourd’hui de continuer, d’actualiser et d’approfondir l’analyse des structures du pouvoir et de l’exploitation. Les vieux modèles ont déjà été abandonnés, même si certains continuent à croire à la constitution en force du « prolétariat » et à son affirmation au sein de la sphère productive. Une analyse « nouvelle » a déjà été entamée il y a des dizaines d’années, mais aujourd’hui, il semble qu’un pas supplémentaire s’impose.

Le fondement de l’exploitation, ou mieux, de sa perpétuation, réside dans la reproduction sociale. Il y a non seulement l’évidente recherche de pouvoir et d’accumulation, mais les conflits cantonnés à l’intérieur de sa logique reproduisent aussi l’ordre des choses. Force est de constater que le travailleur produit l’exploitation et que l’exploitation reproduit le travailleur. Tout comme le citoyen produit le pouvoir et que le pouvoir reproduit le citoyen. Les possibilités de briser ce cercle infernal ne se trouvent plus là où les vieux livres du mouvement révolutionnaire les situaient, ni dans une nouvelle version d’un processus lent et infini de prise de conscience, mais ailleurs. Et c’est cet ailleurs insurrectionnel qu’il nous faut analyser et expérimenter.

L’exploitation et donc la reproduction sociale ne suivent plus des lignes concentrationnaires comme elles ont pu le faire dans le passés. Finis les grands complexes industriels avec leur création d’ouvriers capables de se reconnaître entre eux ; finis les quartiers ouvriers où une communauté d’intérêts rendait possibles de virulents combats ; finies les grandes associations de lutte capables d’enthousiasmer et de mobiliser des milliers de gens. Aujourd’hui, l’exploitation s’est diversifiée et décentralisée à tel point qu’elle rend impossible l’émergence d’un sujet collectif, d’un « prolétariat », sans que ceci signifie évidemment qu’il n’y aurait plus de « prolétaires ». L’exploitation ne tend plus à se concentrer dans une grande structure, mais à disséminer sur l’ensemble du territoire de petites structures, toutes reliées par des réseaux d’énergie et de communication qui permettent la production à flux tendu et une reproduction serrée de la domination. Si la société actuelle ressemble à une grande prison à ciel ouvert, ses barbelés seraient en fibres optiques et ses miradors seraient plutôt les relais de communication.

Si nous soulignons cette évolution, ce n’est pas par simple curiosité et envie de comprendre pourquoi la conflictualité sociale ne suit plus aujourd’hui l’ancien schéma bien ordonnée de la lutte de classe entre prolétariat et bourgeoisie, deux blocs bien identifiables se disputant autour d’une forteresse, mais plutôt pour découvrir des axes d’intervention, des points où il est possible d’attaquer l’exploitation, et donc la reproduction sociale. Selon nous, ces axes se trouvent entre autres dans les infrastructures dont l’économie et le pouvoir dépendent. Cette infrastructure décentralisée et hautement complexifiée a rendu possibles les nouvelles formes d’exploitation (il suffit de penser à la nécessité actuelle d’être joignable à tout moment par portable dans la logique de la flexibilisation du travail), et c’est donc là que l’exploitation d’aujourd’hui peut être attaquée. Les câbles de fibres optiques, les réseaux de transport, l’alimentation énergétique, les infrastructures de communication comme les relais de portables : voilà tout un champ d’intervention qui est par nature incontrôlable, où il n’y a plus aucun centre à conquérir ou position à tenir, où la décentralisation implique par la logique des choses une organisation décentralisée, informelle, en petits groupes, de l’attaque.

De nombreuses personnes ont indiqué la vulnérabilité de ces infrastructures, mais il reste encore beaucoup de travail de clarification et d’indications à faire. On pourrait déjà commencer à accueillir et à approfondir les suggestions pratiques qui émanent de la conflictualité contemporaine. Au lieu de se focaliser sur les affrontements avec la police, on ferait mieux de regarder comment l’infrastructure est attaquée dans certaines émeutes dans les métropoles et leurs périphéries : sabotages de l’éclairage public, incendies de générateurs et de transformateurs électriques, sabotages d’ axes de transports ferroviaires ou du réseau de transports en commun. Une analyse actuelle de la métropole ne saurait négliger par exemple l’importance des transports (d’êtres humains, de marchandises, d’informations). Mais le travail de clarification ne peut s’arrêter là. On a besoin d’indications précises, d’analyses précises et de connaissances techniques précises.

Bien évidemment, la possibilité et la nécessité de l’attaque diffuse contre les infrastructures du pouvoir n’a que peu de sens si elle n’est pas intégrée dans une projectualité plus large. Même s’il est toujours bon et adéquat de saboter, il ne faut pas oublier que pour toute chose, il y a un avant, un pendant et un après. Si des fissures dans la normalité, dans la reproduction sociale, offrent des possibilités, alors, il faut déjà les imaginer à l’avance. Que faire en cas de coupure d’électricité ? Que faire quand les transports en commun ne fonctionnent plus et génèrent un chaos incroyable au sein d’une ville ? En plus, il ne faudrait pas considérer toute cette question d’infrastructures comme quelque chose de séparé des autres terrains d’affrontement. Elle peut être intégrée dans n’importe quel projet de lutte. Si aujourd’hui la conflictualité est disparate et diffuse, sans terrain « central », il ne s’agit pas de retrouver ou de reconstruire une centralité qui unirait les hostilités diffuses dans un seul projet révolutionnaire, mais de créer et de jeter des ponts entre les différentes conflictualités. Une attaque précise contre les infrastructures a par exemple toujours des conséquences plus amples qu’un aspect du pouvoir. Dans une émeute, couper l’éclairage d’un quartier, ne sert pas seulement à rendre plus difficiles les avancées des forces de l’ordre, mais aura des échos bien au-delà de toute considération technique du moment. On ne vit pas pareil s’il fait sombre. Cet aspect est encore plus éclatant par rapport au réseau énergétique ; où les conséquences iront souvent bien au-delà du premier objectif imaginé.

Ensuite, il ne s’agit pas de prendre ces réflexions et suggestions comme des prétextes à une grande conspiration technicienne qui plongerait les villes dans le noir, ou plutôt, comme ce serait le cas aujourd’hui, dans un black-out d’informations et de communications. Ce qu’il s’agit d’élaborer, ce sont des projectualités, même modestes, qui indiquent cette possibilité d’attaque à tous ceux qui veulent lutter sur une base radicale, et donc pas aux seuls révolutionnaires. Aborder la question de manière militariste, prôner à nouveau la centralisation face à la dissémination, réfléchir le tout en termes d’ « efficacité », revient à n’avoir strictement rien compris à ce qui a été dit. Ce qui est « nouveau » aujourd’hui, ce n’est par exemple pas la possibilité de s’attaquer à une centrale électrique pour plonger la ville dans le noir, mais la possibilité de s’attaquer partout au réseau électrique intégré et disséminé. Cette possibilité-là ne demande pas de grandes organisations ni de formalisations de la tension subversive, elle permet des attaques directes, simples et facilement reproductibles.

S’il est vrai que la stabilité de l’ordre établi est en train de s’éroder depuis quelques années, s’il est vrai que la disparition des vieux modèles de lutte et des organisations de médiation est suivie de nouvelles formes de conflictualité sociale, beaucoup moins contrôlables et beaucoup plus sauvages, il nous faudrait porter notre attention théorique et pratique sur ce qui pourrait contribuer à étendre ce marécage incontrôlable. Dans ce marécage, nul ne peut garantir que ce seront les idées anarchistes et la liberté qui l’emporteront, mais ce qui est sûr, c’est que c’est déjà un sol beaucoup plus fertile pour ces désirs-là.

 Quelques sapeurs de l’édifice social

[Contribution à la rencontre anarchiste internationale qui s’est tenue le 10-12 novembre 2012 à Zurich]

Dépasser les frontières

Monday, August 11th, 2014

Nous préférerions par-dessus tout que nos luttes ne connaissent pas de limites. Voilà pourquoi nous cherchons à saisir lors de leur élaboration, où se trouvent leurs limites, leurs frontières, pour ensuite tenter de les déplacer. Cette intention se traduit aussi bien sur le terrain « géographique » que sur le plan du « contenu ». Si nous engageons une lutte, nous avons souvent le désir au cœur, ne fût-ce qu’en catimini, que cette lutte ait des échos au-delà d’un quartier, d’une ville, d’une région spécifique. De la même manière, nous considérons une thématique spécifique ou un événement concret dont part une lutte simplement comme des points de repère : nous espérons que d’autres qui veulent se battre les dépasseront aussi pour remettre en question et attaquer toujours plus d’aspects du pouvoir. En d’autres mots, un désir de luttes qui ne connaissent pas de frontières.

Mais si nous regardons des conflits sociaux ou des révoltes qui se produisent quelque part au loin, ou lorsqu’une fois encore un compagnon nous approche avec une faim internationaliste, la réponse à ce qu’on peut en faire ici et maintenant n’est pas évidente. Au-delà de l’idée que dans d’autres endroits du monde, il doit aussi y avoir des fous avec des idées anarchistes, il semble souvent que nous ayons tellement emmuré nos propres activités qu’une interaction avec celles qui se déroulent à l’extérieur de ces murs paraît impossible. Les efforts allant dans le sens d’une telle interaction sont souvent rapidement suspendus, dans la plupart des cas du fait qu’on ne peut pas vraiment comparer des situations locales, que chacune est différente et exige donc une approche singulière. Ce qui est vrai quelque part. Dans chaque situation locale, il y aura toujours des aspects différents qui rendent chaque réalité unique. Différents axes autour desquels existe une conflictualité, différentes formes par lesquelles l’autorité s’impose plus ouvertement, différents points névralgiques, différentes sensibilités etc. Et il va de soi que nous voulons y être le plus attentifs possible lors de l’élaboration de nos activités locales. Plus encore, aucun internationalisme en soi ne fera surgir par un coup de baguette magique ou ne remplacera cet effort et cette capacité nécessaires. Cela restera toujours un défi dans lequel nous nous retrouvons face à nous-mêmes et que nous ne pouvons donc affronter que par nous-mêmes. Mais par là, tout est loin d’être dit. Ayant en tête tout ce qui est précède, je pense qu’une dynamique internationaliste peut exister, qui dépasse en quelque sorte les projets locaux de chacun, mais puisse en même temps les influencer et les faire avancer. Le lecteur attentif m’a sans doute surpris dans une affirmation bien facile, car une telle dynamique existe déjà. Peut-être la question est-elle plutôt d’imaginer quelles formes une telle dynamique peut prendre et ce quelle pourrait engendrer si nous l’approfondissions et l’intensifions. Et là, toute affirmation facile serait mal placée. Ce qui suit ne constitue donc que quelques réflexions modestes et sommaires ayant pour but de contribuer à une discussion, un exercice mental, une tentative. A la recherche d’une dynamique qui laisse derrière soi toujours plus de frontières.

De grands et de petits moments (dont la prochaine rencontre internationale en Suisse fait partie) où des compagnons de différents pays se retrouvent, offrent – au-delà des buts toujours limités des rencontres – des occasions pour développer de l’affinité. Certains peuvent commencer à se connaître dans un certain contexte et faire les premiers pas, aussi modestes soient-ils, vers une réciprocité sur le terrain de la connaissance, des idées, des aspirations. D’autres ont peut-être déjà découvert cette réciprocité par le passé, et alors toute rencontre devient un moment ou l’affinité existante peut être approfondie. Ceci ne dit évidemment rien du pourquoi. Pourquoi nous semble-t-il intéressant de nouer et d’affiner des liens au-delà des frontières ? Une petite partie de la réponse me semble se trouver dans les activités déjà élaborées qui parcourent les contrées. Moments de discussions par exemple, qui voyagent au prétexte d’une lutte, d’un événement ou même d’une publication, et où des expériences et des idées sont échangées entre différentes personnes en différents lieux. Ou parfois, et on peut se demander pourquoi nous ne profitons pas plus souvent de cette possibilité réelle, des moments de conflit « local » peuvent littéralement être vécus ensemble par des personnes de différentes régions ou pays. Parce que ces moments sont des épisodes intenses et donc captivants dans une lutte ; ou simplement parce que quelques mains en plus sont les bienvenues.

Il serait certainement intéressant que des initiatives soient plus souvent prises dans de telles occasions. Mais (même la multiplication de) ces pratiques ne disent encore pas tout sur leur possible perspective. Après coup, on pourrait toujours ranger sagement ces occasions dans l’armoire des expériences faites pour ne plus jamais y revenir. Ou… on pourrait tenter de les introduire dans les activités que chacun dans son contexte spécifique est en train d’élaborer, de façon à ce qu’elles deviennent des points de référence et des sources d’inspiration. Mais comment alors ? Peut-être faudrait-il oser se poser les questions qui surgissent en élaborant des luttes locales, avec une approche internationale. En commençant par exemple par une analyse de la réalité. Regarder autour de nous et chercher à comprendre ce qui se passe et ce qui se joue. Ensuite, chercher les points communs dans les différentes analyses faites dans les différents contextes. Qu’est-ce qui a changé ces dernières décennies ? Comment analyser le pouvoir qui devient toujours plus décentralisé, la dictature de l’économie qui cherche à coloniser la vie de manière toujours plus profonde, les moyens répressifs toujours plus vastes que les Etats sont en train de développer, le rôle délirant de la technologie etc. ? Ce sont des tendances qui dépassent aisément les frontières nationales et qui, même à un rythme différent ou sous d’autres formes, se font sentir partout. Et ensuite, quels moments peuvent réussir à miner l’ordre établi, ou qu’est-ce que l’absence de tels moments peut nous dire ? Avec des analyses de la réalité en poche, nous pouvons aussi nous aventurer sur le champ du futur. Non seulement en essayant de faire des hypothèses qui aillent au-delà de notre situation locale, mais aussi en nous demandant ce que ces hypothèses pourraient nous enseigner quant à l’intervention anarchiste. Quelles possibilités pourraient se dessiner si nous engageons aussi la discussion au-delà de notre contexte et des complices proches. Ceci pourrait engendrer une interaction qui laisse peu de choses non discutées ; analyses, moyens, méthodes, et pourquoi pas, des perspectives et de possibles « buts ». Une interaction qui ne soit pas seulement approfondie lors des moments de discussion et d’action que nous partageons physiquement, mais puisse aussi être ramenée dans nos propres projets, nos propres initiatives de lutte, nos propres tentatives de ruptures dans la réalité de notre contexte. Pour qu’une dynamique puisse croître, dans laquelle les activités de tous les coins se communiquent de plus en plus, s’inspirent et se renforcent.

[Contribution à la rencontre anarchiste internationale qui s’est tenue le 10-12 novembre 2012 à Zurich]

 

Egypte – Comme la mer

Monday, August 11th, 2014

 

La révolution sociale est comme la mer. Ses vagues se succèdent, se heurtant aux obstacles qui se présentent, les écrasant ou reculant devant eux. Avec toute la violence d’un élan indomptable, elles détruisent coup après coup les vestiges du pouvoir, de l’exploitation et de l’oppression. Une première vague, immense et inattendue, a emporté avec elle la dictature de Moubarak. Une seconde a fait reculer l’armée qui s’apprêtait à prendre le pouvoir. Une troisième est en train de s’élever aujourd’hui contre le nouvel ordre que cherchent à imposer les islamistes.

Le véritable tourbillon révolutionnaire n’obéit à aucun parti, à aucun chef, à aucun pouvoir. Au contraire, ils sont ses ennemis irréconciliables. Ils seront balayés à mesure que celui-ci s’approfondit. Entre la révolution sociale qui subvertira tout rapport basé sur l’exploitation et la domination, et les imposteurs, les chefs, les maîtres, les partis, les capitalistes, les autoritaires de tout poil, il ne peut y avoir que lutte à outrance. Car la liberté et la fin de l’exploitation présupposent la destruction de tout pouvoir et du capitalisme.

Il n’y a aucune surprise à ce que les aspirants-puissants cherchent à surfer sur la vague révolutionnaire qui déferle actuellement sur le pays du Nil ; aucune surprise si de nouveaux leaders cherchent à s’imposer en trompant et en dupant, aidés par les médias et les gouvernements d’ici qui parlent de l’« opposition » ; aucune surprise que le véritable élan révolutionnaire se ne traduise par aucun programme de parti, aucun référendum, aucun drapeau et ne soit reconnu pas aucun fief du pouvoir dans le monde. Certes, ceux qui se battent aujourd’hui en Egypte contre le pouvoir actuel ne forment pas un bloc homogène, pas plus qu’ils n’aspirent tous à une véritable révolution sociale. Les luttes en cours sont traversées de milliers de contradictions : entre des opposants qui exigent une assemblée constituante sans l’influence prépondérante des islamistes et ceux qui ne voient pas de salut dans la démocratie parlementaire, ceux qui se battent pour des augmentations de salaire et des conditions de travail plus acceptables et ceux qui veulent chasser tous les patrons, entre ceux qui se battent mais sans remettre en question les préjugés, la morale dominante, les traditions d’oppression millénaire et celles qui luttent aussi bien contre le pouvoir étatique que contre le poids écrasant du patriarcat en un seul et même combat, ceux qui brandissent le drapeau national et ceux qui lient leurs combats à la lutte des exploités partout ailleurs dans le monde… Mais c’est sans doute là que se trouve la force de la révolution qui est en cours en Egypte: au-delà de toutes les contradictions, elle est née dans les entrailles des exploités et des opprimés. C’est ici que se livre la véritable bataille.

Ce qui se passe en Egypte, connaîtra des échos partout où des personnes sont en lutte de par le monde. Si pendant des années, les islamistes de toute tendance, ont su se présenter comme des combattants sociaux devant des millions de gens sur la planète, leur masque tombera peut-être aujourd’hui en Egypte, comme il tombe déjà dans d’autres régions (pensons au sud de la Tunisie). La révolution sociale en Egypte sera peut-être la tombe des islamistes et de la réaction religieuse qui se camoufle derrière une prétendue émancipation sociale.

A la base de la solidarité révolutionnaire internationale, se trouve sa propre reconnaissance dans les batailles livrées ailleurs. Rester spectateurs du sursaut insurrectionnel en Egypte ne peut que contribuer à son isolement et à son étouffement. Pour soutenir et renforcer le véritable élan révolutionnaire là-bas, celui qui aspire à en finir avec toute exploitation et tout pouvoir, il faut agir. Se jeter dans la mêlée armés avec l’idée de la liberté, la vraie.

Nous croyons donc opportun de lancer un appel à passer à l’attaque, à soutenir, là où on se trouve, avec nos propres idées, avec nos propres moyens, la vague révolutionnaire en cours en Egypte. Si à Alexandrie, au Caire, à Malhalla, … des milliers des personnes se jettent dans la bataille pour un monde nouveau, faisons en sorte que tout représentant de l’Etat et du capital égyptien partout dans le monde trouve le conflit amené à sa porte. Que tout étatiste, capitaliste et serviteur de l’ordre du monde entier sente dans son cou le souffle de la révolution sociale.

Tissons des liens d’action entre les foyers insurrectionnels partout dans le monde !

Pour la destruction de tout pouvoir !

 

[Publié sur Indymedia Bruxelles le 11/1/2013]